Le diable dans le beffroi

  • December 5, 2015
    7:00 pm
Salle Bourgie — Pavillon Claire et Marc Bourgie — Musée des beaux-arts de Montréal
1339, rue Sherbrooke Ouest

Continuum Contemporary Music Ensemble performs works by Boudreau, Rea, Stockhausen.

Pre-concert activity, 6:15 pm

Toronto’s Continuum wind quintet blows onto the Montreal stage! On the program: two of Rea’s works revealing two antagonistic aspects of the music of the SMCQ’s honored composer this year. A concert full of contrasts which brings you next to the diabolical Walter Boudreau before seeing you soar through the skies with Stockhausen’s moving Adieu. Summing up a perfectly balanced evening.

Participants

Program

Production SMCQ

Mot du directeur artistique

Le rituel, l’incantation, la citation, l’offrande et l’hommage = la magie?

Ma toute première rencontre avec la musique de John Rea remonte à un concert de la SMCQ donné le 30 novembre 1978 à la Salle Pollack où l’Ensemble du St-Laurent, nous conviait à une sorte de rituel initiatique dans lequel les musiciens — disposés en cercle — nous entrainaient dans un exercice (exorcisme?) incantatoire singulier, à travers l’exécution de Reception and Offering Music.

Le «choc» ressenti alors fût remarquable de conséquences imprévisibles et dont les effets se feraient sentir dans ma musique, quelques 10 ans plus tard, alors qu’à la suite de la commande d’une œuvre orchestrale célébrant le 750e anniversaire de la fondation de la ville de Berlin, j’y exploiterais à fond et pendant 20 ans (Berliner Momente I à V), des éléments tirés des musiques de Haydn et Wagner (ce que je n’avais jamais fait auparavant) et me plongerais ainsi dans une démarche dite «postmoderniste» et ce, pour une partie de nombreuses œuvres à venir, dont le Diable dans le Beffroi (2004) qui s’inspire du Pâtre sur le rocher (Der Hirt auf dem Felsen) de Franz Schubert et d’une nouvelle éponyme d’Edgar Allan Poe.

Comme je le soulignais dans mon texte d’introduction de la Série hommage à John Rea, que la démarche esthétique de ce dernier tend en quelque sorte à concilier «des éléments antinomiques (le cœur et la raison) … dans sa recherche d’un équilibre absolu entre la forme et le contenu» et d’autre part (je le cite à son tour) que sa «fascination des raisons pour lesquelles plusieurs compositeurs incorporent la musique d’autres compositeurs à leur propre musique, il y a la croyance — peut-être inconsciente — que telles citations aient un caractère ou un pouvoir magique».

Cet énoncé de Rea nous éclaire sur sa démarche — à tout le moins — sur certains aspects de celle-ci, où l’on retrouve des citations tirées du répertoire et contrairement à la technique plutôt superficielle du «collage» en vogue durant les années 60-70, ces dernières sont organiquement incorporées à «son» discours, de manière à produire quelque chose qui transcende la somme de ses parties!

Il en va ainsi avec Reception and Offering Music oùles citations des Bach, Mozart, Beethoven, Wagner, Brahms, Mahler et Schöenberg sont non seulement bien identifiées, mais savamment tissées dans un réseau complexe d’allers-retours référentiels entre une musique «préexistante» (le répertoire) et une musique «nouvelle» (la sienne), par l’utilisation d’un processus incantatoire alchimique (magique…) que nous retrouverons — sublimé — dans les Études multiples, ces dernières s’apparentant plus aux recherches et préoccupations formelles du compositeur, ainsi que de sa fascination pour les structures (et la géométrie) musicales.

Enfin, avec Adieu, composée en 1966 à la mémoire de Wolfgang Sebastian Meyer (organiste décédé à 29 ans dans un accident de voiture), œuvre inspirée en partie par certaines toiles de Piet Mondrian, Stockhausen nous entraîne dans un rituel de la mort qui exige des interprètes une participation active fondée sur l’interprétation subjective et l’invention personnelle thématique ou mélodique.

C’est donc avec un plaisir renouvelé que nous accueillons à nouveau nos amis de Continuum de Toronto, en leur souhaitant la plus chaleureuse des bienvenues à Montréal dans le cadre de la Série hommage 2015-16 de la SMCQ à John Rea.

Walter Boudreau
23 novembre 2015