flute, violin, cello and piano

Bien sûr, il s’agit du renversement du titre de Debussy (Cloches à travers les feuilles). On imagine bien cette scène rurale, des frondaisons, au loin un clocher, la France tranquille, ou un Watteau — l’endroit où l’on veut revenir, après voyages et aventures. Mais d’un point de vue sonore, les cloches devraient avoir le dessus: à travers leur résonance, on perçoit le murmure des feuilles agitées par le vent. Le vent se lève, menace de tempête. Temps suspendu — l’orage va-t-il éclater?

Tristan Murail

Feuilles à travers les cloches repose sur l’articulation de deux plans qui sont amenés à interagir l’un sur l’autre. Les cloches (accords du piano, parfois renforcés par d’autres attaques, et mêlés systématiquement à des pizzicati de violon en rapport d’intervalles microtonaux avec le piano) et les feuillages (sons en flatterzunge, sons plus diffus qui évoquent des bruissements), correspondent respectivement à un premier plan et un arrière-plan dont le rapport sera amené à être progressivement modifié. Cet univers sonore où prédomine la résonance — le piano est utilisé sans étouffoir — renvoie directement au piano debussyste, mais de façon plus générale à une esthétique faisant de la nature une source d’inspiration idéale. La leçon selon laquelle «rien n’est plus musical qu’un coucher de soleil» semble avoir été directement entendue par Murail. La grammaire semble être liée à une pensée par objets musicaux: les accords présentés au début sont en nombre restreint et appartiennent à des harmonies spectrales en nombre encore plus restreint encore.

Pierre Rigaudière, musicologue

Tristan Murail, Pierre Rigaudière [iv-11]

Performances

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