Solstices (ou Les Jours et les saisons tournent) (1971)

Gilles Tremblay

flute, clarinet, horn, two percussions and double bass

[English translation not available]

Les jours et les nuits, dans leurs progressions inverses, connaissent deux moments opposés de croissance: celui des nuits les plus longues, fin décembre, ou solstice d’hiver, et celui des jours les plus longs, fin juin, ou solstice d’été, d’où le titre au pluriel.

À l’instar du cycle de cette double progression nocturne et diurne de l’année, la musique est régie par deux pôles contraires et complémentaires: l’activité la plus réduite coïncide donc avec solstices d’hiver et la plus grande avec le solstice d’été.

Toujours à l’image de l’année terrestre avec ses degrés intermédiaires entre deux états extrêmes, la musique est divisée en quatre zones correspondant aux quatre saisons. Chaque zone-saison est confiée à un instrumentiste responsable (à son tenu): le cor pour l’hiver, la flûte pour le printemps, la clarinette pour l’été et la contrebasse pour l’automne, les deux percussions ont surtout un rôle de commentaire et de lien harmonique.

La durée propre de l’œuvre s’inscrivant elle-même à l’intérieur de l’année dont elle est l’image réduite, le moment de l’exécution, ou la date, affectera son caractère en profondeur. Une exécution en hiver aura donc une physionomie tout à fait différente d’une exécution en été. Ce moment, cette date détermine en effet un foyer que j’appelle caractère dominant qui est injecté dans les autres zones, affectant celles-ci soit par remplacement, soit par une hybridation avec la zone parcourue.

En outre, l’heure de l’exécution a également un rôle à jouer. Elle détermine, en fixant le point de départ, la forme du déroulement.

Ainsi, la musique en épousant le moment présent, s’accorde en quelque sorte aux mouvements terrestres, à leur jeu d’ombre et de lumière. Elle en devient le reflet sonore.

Les deux principaux modes de relation-jeu entre les instrumentistes sont le relais et la réaction-réflexe, principes qui peuvent être utilisés d’un groupe à l’autre lors d’une exécution à plusieurs ensembles (ce qui est possible et souhaitable) soit en public dans la même enceinte, soit en multiplex ou relais Telstar entre plusieurs villes (quatre au maximum).

De longues clameurs (mobiles pour chaque exécution et déterminées par l’instrumentiste responsable) ponctuent la durée en la trouant par une durée d’une autre nature, comme suspendue au delà d’elle-même.

Si l’on joue deux versions de l’œuvre au même concert, l’une d’elles devra être diamétralement opposée, comme le sont les solstices.

Gilles Tremblay [i-74]

Performances