Jean Lesage

Montréal, Québec, 1958

  • Compositeur
  • Rédacteur

La musique de Jean Lesage s’interroge de façon très personnelle sur notre relation avec les objets musicaux, sur leur pouvoir évocateur et générateur d’images mentales. Sa démarche est révélatrice, dans le premier sens du terme, dans la mesure où elle conduit l’auditeur à se situer, à réagir au propos musical sollicitant sa mémoire culturelle. Organiste et claveciniste de formation, Jean Lesage réactualise l’idée de «pièces de caractère» de façon originale dans un discours peuplé de «personnages musicaux» à la physionomie hautement reconnaissable qui sont souvent utilisés pour leur fonction connotative propre. En ce sens, la musique de Lesage explore et transige avec la perception musicale de la culture québécoise.

Né en 1958, Jean Lesage est un compositeur montréalais. Il a fait ses études au Conservatoire de Montréal auprès de Gilles Tremblay pour l’analyse et la composition, Micheline Coulombe Saint-Marcoux et Yves Daoust, pour l’électroacoustique, ainsi que Bernard et Mireille Lagacé, pour l’orgue et le clavecin. Sa rencontre avec John Rea fut décisive quant à sa formation.

Parmi la quarantaine d’œuvres composées à ce jour, mentionnons: Mare fecunditatis (1986), pour piano (prix CAPAC 1987), Trois apparitions au désert (1988), pour chœur mixte et grand orchestre (prix Robert Flemming du Conseil Canadien de la musique 1988), Le sentiment océanique (1989), pour huit instruments, commande de l’Ensemble contemporain de Montréal, présenté à la Tribune Internationale des Compositeurs de l’Unesco, à Paris en 1995, Les sensations confuses (1993), pour orchestre de chambre, commande du Nouvel Ensemble Moderne (NEM), créé au festival Musica 93 de Strasbourg, Les représentations surannées (1998) pour orchestre, commande de l’Orchestre symphonique de Québec, Le livre des mélancolies (1999) pour clarinette et quatuor à cordes, commande de la SMCQ. Portrait of a Sentimental Musician in a Distorting Mirror (2000) pour violon et piano, commande de la CBC pour le Duo Concertante. Quatuor à cordes I (2001) commande du Quatuor Bozzini, Vanitas (2002), pour orchestre de chambre, commande du NEM.

Jean Lesage est très actif sur la scène musicale montréalaise: il a été responsable de la programmation à la Société des Concerts Alternatifs du Québec, et il est membre du comité artistique de la Société de Musique Contemporaine du Québec depuis 1990. Il a également été chroniqueur à l’émission Musique actuelle de la radio FM de Radio-Canada de 1987 à 1995. À l’été 96, il réalisait et animait, pour cette radio, une série de douze émissions intitulée Musique du Québec, illustrant la modernité musicale québécoise.

En 1996-97, il était rédacteur en chef invité à la revue Circuit, revue nord-américaine de musique du XXe siècle. En 1998, il s’occupait avec Denys Bouliane de la rédaction de l’ouvrage Présences de la musique québécoise.

Jean Lesage est professeur de composition et d’orchestration à l’université McGill depuis 1999.

«Depuis quelques années, mes travaux se sont orientés, entre autres, vers une relecture critique de l’histoire de la musique. J’ai tenté d’actualiser, à travers le prisme d’une sensibilité contemporaine, certains éléments esthétiques, rhétoriques, certains gestes interprétatifs et compositionnels caractéristiques de divers courants musicaux historiques.

Il y a donc la volonté d’explorer, dans le domaine musical, ce que plusieurs théoriciens littéraires désignent par transtextualité ou intertextualité.

Mettre en relation — symbolique, culturelle, esthétique ou technique — un texte donné avec d’autres textes antérieurs, pour ainsi créer un vaste réseau référentiel qui enrichit, en le démultipliant, le niveau premier de la perception.

Le travail de la mémoire est au cœur de mes préoccupations artistiques. Dans mes travaux, je cherche à établir une relation féconde entre le présent de l’œuvre et le passé de l’art.

Une relation ludique avec l’histoire de la musique prend forme simultanément à plusieurs niveaux. Jeux du souvenir et de l’oubli, en une interprétation-manipulation de la mémoire. Une reconstruction du passé où l’on expose, à travers l’œuvre, le procédé par lequel la mémoire fait, défait, refait son propre passé, en réévaluant sans cesse les statuts mouvants de l’Histoire, en les projetant constamment dans nos visions de l’avenir.

Cette attitude ne relève pas d’une forme de nostalgie. Il n’est pas question ici d’un retour à un paradis perdu de la musique. Il s’agit d’effacer les frontières entre le présent, le passé et l’avenir. (JL)»