La quadrature du cercle

Trois compositeurs, quatre musiciens et une infinité de couleurs

Communiqué de presse

Montréal, le Lundi 28 novembre 2005 — Troisième concert de la Série montréalaise de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) La Quadrature du cercle propose, le 17 janvier prochain, une incursion dans les univers contrastés de trois compositeurs québécois chevronnés: Walter Boudreau, Denys Bouliane et Jean Lesage. Leurs œuvres seront interprétées par le talentueux quatuor à cordes Bozzini, un groupe qui, selon l’Irish Times, «mord dans la musique à pleines dents et joue avec une passion irrésistible». Cette passion a inspiré les trois compositeurs et nul doute qu’elle sera communicative! Au programme, deux création et une reprise.

Bozzini: quatre fois un musicien hors pair

Proclamé «Découverte de l’année» aux Prix Opus 2001, le Quatuor Bozzini, qui est en résidence à l’Université Concordia, présente près d’une quarantaine de concerts par année dans plusieurs villes canadiennes, américaines et européennes, où il est l’invité de plusieurs festivals. On peut l’entendre régulièrement sur les ondes de Radio-Canada, de Deutschlandfunk et de Hessische Rundfunk (Allemagne). L’appréciation de nombreux critiques à travers le monde explique pourquoi certains parmi les plus éminents compositeurs québécois leur ont dédié une œuvre. Précision, luminosité, fougue, subtilité, équilibre, et transcendance ne sont que quelques-unes des épithètes que l’on accole à ce groupe totalement dévoué au langage universel de la musique.

Trois fois une œuvre remarquable

Les trois quatuors ont la particularité d’appartenir à un cycle de compositions. Le Grand Méridien de Walter Boudreau (création) est la conclusion d’un cycle entrepris il y a une quinzaine d’années avec quatre œuvres pour ensemble et orchestre, basées sur un motet de Tomas Luis de Vittoria (1548-1611), dont le répons à quatre voix Tradiderunt Me In Manus Impiorum («Ils m’ont livré aux mains des impies») avait séduit le compositeur. Il faut ici lire le titre dans son sens chinois: les méridiens en question sont ces voies à travers lesquelles passent le sang et le Qi (énergie) pour maintenir les fonctions du corps humain. Dans les mots de Boudreau, le «grand» méridien est «l’autoroute à travers laquelle passe la grande information», c’est-à-dire, la quintessence. Nous y retrouverons donc la «substantifique moelle» de l’inspiration de ce cycle: une musique pure, dépouillée des effets associés aux grands ensembles, «comme les scories qui restent dans le fond du bêcher, après distillation de la matière». On pourra d’ailleurs retrouver dans les dernières mesures de cette œuvre «alchimique» la citation complète du motet de Vittoria confiée au violon solo et qui mettra un point final à ce cycle contenant, entre autres, Golgot(h)a et Le Voyage.

Rumore sui de Denys Bouliane s’inscrit pour sa part dans un cycle plus général d’œuvres pour musique de chambre. Écrit à la demande du Quatuor Bozzini, avec l’aide d’une bourse du Conseil des Arts du Canada, Rumore sui a été créé par le quatuor au Domaine Forget à l’été 2003.

«Pour un critique, il est toujours périlleux de parler, pire, de faire l'annonce d'un chef-d'œuvre. Nous y voilà contraints, et joyeusement […] Bouliane sait se montrer musicien multiple, disert, frivole, amuseur et virtuose. Parfois intense. Mercredi soir, on l'a découvert totalement profond, expérience déroutante autant que nourrissante.»
François Tousignant, Le Devoir, 29 août 2003

Cette musique propose une forme d’introspection du compositeur qui examine ses propres perceptions, tout en semblant évaluer ses propres réactions au matériel musical à mesure qu’il l’élabore. «Les mêmes idées reviennent constamment, mais prennent des directions multiples, apparaissant sous plusieurs formes de retours tantôt variés, tantôt tronqués ou alors copieusement élaborés et distendus», un peu à la manière d’un kaléidoscope. La pièce est en deux mouvements, le second mouvement étant lui-même une sorte de «rumeur flottante» du premier.

Quatuor no 3 — Objets trouvés (Commentaires et digressions) de Jean Lesage (création) fait partie d’un cycle de quatre quatuors, tous écrits pour le Bozzini. En fait, chacun des quatuors est dédié à l’un des membres du groupe et est écrit en accord avec ce que le compositeur perçoit du caractère respectif des musiciens: le troisième est dédié à l’altiste Stéphanie Bozzini. Lesage, qui se décrit autant comme un mélomane qu’un compositeur, fait un aller-retour constant entre deux activités qui se nourrissent l’une l’autre: écouter et écrire. C’est ainsi qu’il «tombe constamment, comme par hasard», sur le même fragment musical: en l’occurrence, un extrait de la Symphonie no 5 de Schubert. Le travail de la mémoire étant au cœur de ses préoccupations artistiques, le compositeur prend plaisir à commenter cet «objet trouvé» dans des digressions qui sont autant de reconstructions d’une œuvre du passé, «actualisée par le prisme d’une sensibilité contemporaine».

La «quadrature du cercle» sera donc, (souhaitons-le!), enfin réalisée le 17 janvier prochain, par un Quatuor Bozzini au service de la créativité foisonnante — et parfois délirante — de trois compositeurs bien vivants.

Le coût des billets pour assister à ce concert est de 25$ (régulier), 12,50$ (aîné) et 10$ (étudiant). On réserve au 514-398-4547.

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