Niemandslandhymnen: Une rime tierce en treize tercets — VI

Dépêche

Voici, à découvrir chaque jour jusqu’au 18 mai, les treize poèmes de Sandeep Bhagwati qui ont inspiré sa dernière création, Niemandslandhymnen.

Traduction française de Louis-Patrick Leroux (la traduction française ne cherche pas à recréer la rime tierce dans sa forme, mais propose plutôt une traduction en forme libre de l’anglais).

VI — NUAGES

Dans le vide, dans la brume et la buée, de vagues ruisselets naissants;
Vous, les paysages transitoires vaporeux devenus tourbillons d’embruns, vous réjouissant d’absconde
Cténoïde [1] cumulonimbinéité [2] figés par des barèmes thermiques [3]…

Ah! ces esquisses cirriformes [4] entaillés dans l’éther en blanc enflammé.
Nous scrutons, mais nous ne pouvons qu’apercevoir, même les yeux posés
Sur ces formes familières de votre turbulence bayesienne [5] — que nous prenons à la légère

Nous pourrions exercer notre prétention: lisant le ciel tel un texte, y voyant exégèses
Que seuls nous, les élites romantiques, croyants ringards volontaires qui ne savons
Comprendre les preuves des scientifiques: aérosols, goulettes, flocons de glace,

Afin de déchiffrer la vacuité de votre paradis — que nous peuplons
De notre râle civilisateur, le vice bileux que nous exhalons:
Ce qui était jadis intime doit maintenant s’évaporer

  1. La forme d’un type d’écaille de poisson qui a le rebord visible plat et l’autre côté, dentelé et caché, tel un nuage cumulonimbus regardé de notre point de vue terrestre.
  2. Néologisme: l’ennuagement avant l’orage.
  3. Un procédé de stérilisation, mais aussi des gradations.
  4. Formé, tel un nuage cirrus plumeté.
  5. Nommée d’après le mathématicien Thomas Bayes au 18e siècle, la probabilité bayesienne tient compte du principe que des suppositions raisonnables sur le processus même. Dans ce cas, les suppositions s’apparentent ici à l’invention du sens au geste de trouver à voir des animaux dans les nuages.
Nouvelle rédigée le Samedi 13 mai 2017