Niemandslandhymnen: Une rime tierce en treize tercets — VII et VIII

Dépêche

Voici, à découvrir chaque jour jusqu’au 18 mai, les treize poèmes de Sandeep Bhagwati qui ont inspiré sa dernière création, Niemandslandhymnen.

Traduction française de Louis-Patrick Leroux (la traduction française ne cherche pas à recréer la rime tierce dans sa forme, mais propose plutôt une traduction en forme libre de l’anglais).

VII — RADIATIONS

Ce qui était jadis intime doit maintenant s’évaporer
Ce qui était jadis tout près abandonne son emprise
Ce qui était jadis enraciné est emporté par l’émigration

Ce qui était jadis vivant est devenu un flot d’octets chantants
Ce qui était jadis frais est aujourd’hui assoupi et rassis.
Ce qui était jadis passion s’est muté en séductions en série

Ce qui était jadis optimiste s’attend dorénavant au pire
Ce qui était jadis péché véniel ne sera plus absout
Et ce qui était jadis anecdotique est aujourd’hui récit

Nos mots jadis dits sont transcrits, sont asséchés
Et ceux que jadis nous aimions sont seuls et mis à distance
Dispersés, chassés sur l’étendue d’un globe arborescent.

VIII — RÉSEAUX

Dispersés, chassés sur l’étendue d’un globe arborescent
Tant par l’errance que par nos résolutions Le tracé de nos routes se déploie, dessiné par nos vies.
Nos secrets sondés

Nous mâchons plus que jamais nos mots pour débusquer l’élision obscure:
L’oubli d’un trait d’union, l’émoji bien choisi
Fera toute la différence entre le ridicule et le sublime.

Les serveurs déplient leurs larges rameaux pour mieux capter;
Ils s’enracinent et déroulent leurs longues traînes
Les nodules s’embourbent, le zèle se gangrène

Dans le µνεµοπιθοι [1], là où coagulent les pensées laissées en plan
Comment taire ces pièges-à-clics qu’on nous tend et que,
Par avidité ou luxure, nous partageons à notre tour…

  1. mnemopithoi: néologisme tiré de l’ancien grec voulant dire: «stockage de mémoire».
Nouvelle rédigée le Dimanche 14 mai 2017