piano et orchestre

La musique a longtemps été pour moi l’espace sonore de ma quête d’identité et le lieu de la mise en situation de ses multiples paradoxes. Plusieurs de mes œuvres constituent des labyrinthes stylistiques, volontiers provocateurs, où le discours se court-circuite constamment lui-même en s’interrogeant sur son devenir immédiat: Musiques du rebondissement, du geste court, hachuré, de l’entre-choc. Mais derrière tout ce jeu de passe-passe, une sorte de mécanique de la transformation était en action. J’ai la curieuse impression aujourd’hui que les outils que j’ai façonnés au fil des vingt dernières années pour me recréer une réalité sonore à partir des distorsions de notre mémoire collective se mettent à réclamer leur dû, ils demandent à opérer de façon peut-être plus organique et sur des plages temporelles plus substantielles…

Quoi qu’il en soit, plusieurs de mes œuvres récentes semblent s’articuler en gestes plus larges, les contours des motifs et des phrases se sont probablement un peu clarifiés, ou peut-être simplement précisés. Le déroulement temporel est plus le fruit de la combinaison et du développement sur une grande échelle de quelques motifs conducteurs que de leur succession hachurée. Le premier mouvement de ce nouveau Concerto pour piano va largement dans ce sens. On y retrouvera quelques gestes aux contours accusés exposés dès les premières minutes et qui s’imbriqueront plus tard en des trames assez continues. On entendra entre autres au début un grand «élan initial» au piano combiné à des enchaînements de courts motifs insistants «en appel» joués par les bois. Suivra une sorte de «piétinement sur place» au piano puis une séquence de rythmes presque dansants à tout l’orchestre s’effritant rapidement pour faire place à un ample thème cyclique du piano fait en larges boucles qui semblent tournoyer sur elles-mêmes. Ces gestes initiaux se combinent en de plus grandes phrases au cours de ce mouvement qui cherche à s’organiser au fil des poussées d’énergie successives et des multiples cassures.

L’ostinato de la dernière section se gonflera finalement en une machine infernale pulvérisant motifs et contours. Le deuxième mouvement s’amorce dans un climat de fausse sécurité: on imagine un tango… mais un tango dont la métrique n’arrive pas à se stabiliser… un tango insidieux qui nous glisse entre les doigts… Encore une fois, cette musique se développera par grandes vagues, s’enflant et se boursouflant même dans de presque parodies. La partie centrale du mouvement vient faire un contrepoids à ces vagues de tangos frisant la complaisance: la musique se dématérialise dans le suraigu et une longue plainte s’élève sur un fond de boîte à musique… Cette petite boîte à musique se détraquera bientôt elle-même et engendrera un énorme tintamarre à tout l’orchestre. Le piano termine en épilogue, nous laissant comme suspendus et peut-être quelque peu incertains quant à la nature de ce que nous venons d’entendre…

  • Partition disponible auprès de CMC, Région du Québec (bureau à Montréal).
  • Enregistrement: disponible au bureau de la SMCQ

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