piano MIDI (Yamaha Disklavier)

J’ai toujours eu envie de travailler avec une texture dans laquelle toutes les notes seraient jouées en même temps, ou encore tous les instrumentistes d’un orchestre joueraient sans arrêt. Cette excessivité est à mes yeux fascinante, car la structure d’une telle masse, si immobile puisse-t-elle paraître, changera nécessairement sans arrêt en fonction de l’attention qui sera portée à tel ou tel détail. Il est question ici d’une contemplation de la dualité pouvoir / masse: plus les parties d’un tout sont en elles-mêmes individuelles, moins l’énergie du tout, si vaste soit-il, sera transmise.

Hämmerklavier XIV explore ce type de masse, alors que les 88 touches du piano sont actives en même temps, jouant des trilles. Les trilles se suivent et se fondent les uns dans les autres, ce qui crée un nouveau bassin de notes possibles pour cette voix, qui est alors utilisé. Ce processus continue jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une ligne, qui engendre alors plusieurs transformations canoniques jusqu’à ce que la totalité du spectre sonore soit à nouveau actif. Le passage final est une fugue rythmique renversée, dans laquelle les voix se retirent l’une après l’autre, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une seule. L’œuvre est également ponctuée de moments émotionnels étranges, dans lesquels une tentative de ligne mélodique «individuelle» et libre apparaît, mais est interrompue par les autres notes qui, en cluster, lui disent de se taire.

L’œuvre a été conçue au départ pour un projet de concert «homme-robot» de la Logos Foundation de Ghent, mais nous avons réalisé qu’il serait impossible au piano d’atteindre la vitesse recherchée dans certains passages: l’idéal serait donc d’en faire une version MIDI de qualité.

Moritz Eggert [traduction française: N Pascal, ii-07]

Exécution