piano

Création: 4 mars 2007, Moritz Eggert, piano • Montréal / Nouvelles Musiques 2007: 40 doigts sur les cordes raides 1, Chapelle historique du Bon-Pasteur, Montréal (Québec)

J’ai toujours eu une fascination perverse pour les hymnes nationaux, qui remonte à mon enfance lorsque j’ai trouvé — dans les partitions de mon grand-père — une anthologie d’hymnes nationaux des jeux olympiques de 1936. Les hymnes sont rarement de bonnes compositions, mis à part les quelques-uns qui ont été empruntés à de grands compositeurs comme Haydn et Mozart, mais qui, au départ, n’avaient pas été conçus pour remplir une telle fonction. La plupart des hymnes sont des commandes ou les résultats de concours de compositions nationaux; or, puisque les juges — très souvent des hommes politiques à tendance plus ou moins dictatoriale — sont loin d’être des génies musicaux, les hymnes sélectionnés sont souvent étrangement mauvais.

Au moment de composer cette œuvre, j’ai passé des semaines à faire des recherches sur Inter-net pour découvrir une multitude d’hymnes, allant parfois jusqu’aux brouillons presque illisibles d’hymnes de pays obscurs. Cette exploration des hymnes nationaux provenant des quatre coins du monde m’a permis de constater, entre autres, que plus le pays est petit et plus son hymne est pompeux, ou encore, que certains hymnes sont utilisés par plusieurs nations.

Dans Hämmerklavier XIX, je me suis plu à jouer avec le concept de sursaturation en ayant pour point de départ ces multiples hymnes. Or, rapidement les clichés se confondent: en essayant d’utiliser tous les hymnes du monde (entreprise impossible, d’autant plus que les hymnes changent quotidiennement), les similitudes prennent le dessus sur les spécificités. Le sens même de l’identité est alors remis en question. Tel est le thème fondamental de l’œuvre: plus les individus essaient d’être «différents» les uns des autres, plus ils montrent finalement à quel point nous sommes tous les mêmes.

Moritz Eggert, 2006 [traduction française: N Pascal, ii-07]

Exécution