4 solistes vocaux

Création: 2 mars 2005, Montréal / Nouvelles Musiques 2005: Hilliard Ensemble, Quatuor Bozzini, Salle Pierre-Mercure — Centre Pierre-Péladeau, Montréal (Québec)

C’est assez tardivement durant le travail sur cette œuvre, que m’apparut son «image unificatrice»: celle d’un quadruple Pétrarque (incarné par les quatre chanteurs) entrant dans son studio, fort préoccupé par la strophe de la canzone qu’il désire terminer, cherchant mots et rimes d’une manière un peu inhabituelle, presqu’au hasard des sonorités, sans se soucier du sens; ou déclamant vigoureusement les passages dont il est le plus sûr; ou encore, écrivant nerveusement les mots qu’il se répète à haute voix; baignant finalement dans la sensualité de la conclusion qu’il a trouvée…, ce qui lui permettra de quitter le studio léger et soulagé.

La commande de cette pièce s’inscrit dans le cadre du projet élaboré conjointement par MNM et le Hilliard Ensemble de présenter un concert marquant le 700e anniversaire de naissance de Pétrarque. Ce concert devait comporter côte à côte des œuvres de Monteverdi et de nouvelles œuvres, toutes basées sur des textes du célèbre poète. J’ai choisi de porter mon attention sur les quelques rares textes du recueil traitant d’autres sujets, la plupart du temps reliés à la politique (un cycle sur Avignon, ou des sonnets circonstanciels ou d’intervention, principalement adressés à des amis évêques ou princes). J’ai finalement arrêté mon choix sur une strophe de la célèbre canzone Italia mia (CXXVIII), écrite dans l’indignation causée par la vente de la cité de Parme où demeurait temporairement le poète en 1342. Cette vente d’une cité (avec toute sa population, bien sûr…) par le prince qui la possédait n’était que l’un des chapitres de l’histoire de luttes et de rivalités incessantes qui occupaient les Princes italiens de l’époque, qu’ils soient partisans du pape ou de l’empereur. La strophe en question va au-delà du circonstanciel (voire même au-delà de l’intérêt personnel) pour rejoindre les sources du «mal» et ainsi acquérir, par la sagesse de ses accents, des résonances proprement contemporaines.

Quelques courtes phrases issues d’un autre poème (CV), énigmatique et obscur celui-là, également très différent par sa thématique par rapport à celle, dominante, de Laura et de l’amour, ont servi à mettre la strophe principale dans le contexte de «l’image unificatrice» mentionnée plus haut et ont justifié l’invention de quelques lignes de pseudo-italien.

Sur le plan musical, l’œuvre est basée sur quatre modes heptatoniques intimement liés. Des mélodies, accords et harmonies issus de ces modes ont été, selon leur degré de tension et de consonance, associés aux différentes subdivisions sémantiques de la strophe, telles que les révélait l’analyse: un rappel de l’inévitabilité de la mort, la source du mal, la nécessité de la conversion, la récompense de la paix.

Cette œuvre est dédiée, avec toute mon admiration, aux membres du Hilliard Ensemble et, en toute amitié, à Denys Bouliane.

Michel Gonneville

Exécution

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies qui permettent l’analyse d’audience.