soprano et orchestre de chambre

Commande: SMCQ, avec l’aide du CAC

Création: 3 mars 2006, MusiMars 2006: Aurores boréales, Salle Pollack — Pavillon Strathcona — Université McGill, Montréal (Québec)

Deux sources sont à l’origine de ce projet: au départ, il y a un rêve où le monde se divisait entre un esprit démesurément grand (L’ange) et un petit être muet (Chose) dans une sorte de rencontre qui ressemblait à un cambriolage (en argot: un casse). Par la suite, en écho aux sentiments de ce rêve, j’ai fait un retour sur cette thèse qui veut que la mort soit omniprésente dans la culture du Québec (pensons ici aux Aquin, Gauvreau, Vivier, Nelligan, etc.) et que, par conséquent, nous sommes continuellement contraints au deuil de notre expression, comme si nous étions irrémédiablement figés aux portes de la mort sous toutes ses formes (concrètes ou métaphoriques), et que la poursuite d’une expression propre, comme un péril, menait plus ou moins à toutes les pertes possibles (mentale, physique, sociale, etc.). Il me semble donc qu’en opposition au mythe d’Orphée notre «territoire de la sensibilité» s’arrête sans retour sur l’autre rive du fleuve des morts et que nous restons comme suspendus dans le cimetière de nos «héros». C’est une imagerie morbide dont on parle peu. Fantasme sociologique ou tabou, elle s’alimente pourtant à un troublant ensemble de précédents. J’ai voulu réaliser une oeuvre musicale qui, en façe de cette «ritournelle macabre», réintroduirait un équilibre symbolique positif. D’inventer un lieu où il nous serait possible, en définitive, de nous représenter revenant de l’autre côté de ce fleuve. Cette pièce se veut une sorte une proposition imaginaire de survie, une libération symbolique de l’endeuillement, une délivrance de l’aliénation et de la destruction. Comme elle est proposée dans une version excluant toute mise en scène et que le caractère narratif repose essentiellement sur cette dimension, les relations que la musique et le texte entretiennent avec ces thèmes paraîtront quelque peu abstraites. Je propose donc d’en envisager l’écoute comme une suite de chansons-tableaux au caractère onirique. En terminant, merci à Marie-Hélène Parant, pour sa contribution artistique remarquable. Bien que nous soyons privés de la part apparente de sa contribution (mise en scène médiatique), j’aimerais que soient reconnues ici sa présence et son entière et indissociable paternité, dans l’espoir résolu que vous puissiez un jour profiter de l’oeuvre dans la totalité de son expression. Commande SCMQ—Avec une bourse du Conseil des Arts du Canada.

Exécution