alto et résonateurs électroniques

Première pièce du cycle Les espaces acoustiques de Grisey, Prologue démontre avec une clarté quasi-didactique la nature de la composition spectrale. Écrite pour alto solo, cette pièce est de forme cyclique et gravite autour de la répétition avec variations. Chacune des variations est le développement de la précédente, ce qui produit une spirale musicale. Répétée plusieurs fois, la phrase d’ouverture présente les principaux éléments de l’œuvre: un regroupement de cinq tons s’opposant au si grave apériodique, joué sur la corde la plus grave de l’alto accordé un demi-ton plus bas. Réunis, ces six tons évoquent le spectre harmonique dans la série de partiels – mi grave, note qui n’est en fait jamais entendue de façon explicite. Les six tons projetés constituent la troisième, la quatrième, la cinquième, la sixième, la septième et la neuvième harmoniques de cette «note fondamentale silencieuse». Il existe deux versions de cette œuvre: l’une pour alto solo, et l’autre, pour alto avec résonateurs électroniques en direct qui colorent le son pour l’apparenter à celui des sept cordes sympathiques de la viole d’amour. Grisey émis l’hypothèse que cet instrument ancien, populaire à l’époque baroque, est tombé en désuétude en raison de la profusion de musique polyphonique. Néanmoins, comme la texture de Prologue est monodique par opposition à polyphonique, «ce qui est une bonne raison de réinventer les cordes sympathiques», affirmait Grisey.

Exécution