soprano solo et 15 musiciens

Le cycle des Quatre chants pour franchir le seuil est la dernière pièce terminée par Gérard Grisey avant qu’il ne meure subitement en 1998 alors qu’il n’avait que 52 ans. Étrange coïncidence ou non, sa composition finale est inspirée de quatre poèmes qui traitent du sujet de la mort et, en particulier, du périple de la vie à la mort et du fil obscur qui partage ces deux mondes.

Plutôt que de concevoir la mort avec crainte et désespoir, les poètes choisis, issus de quatre cultures distinctes s’étendant sur des milliers d’années, perçoivent le monde des disparus comme un lieu d’acceptation et de calme donnant naissance à une nouvelle forme d’existence plus légère.

Le premier chant «Les heures à la nuit» du poète français Christian Guez Ricord (1948-1988) raconte la mort d’un ange; «La mort de la civilisation» s’inspire des inscriptions des tombeaux égyptiens et contient le texte suivant, «Trace-moi un sentier lumineux et laisse-moi le suivre». «La mort de la voix» met en musique le texte du poète grec antique Erinna aus Telos et parle du silence et de l’ombre de «l’au-delà»; et «La mort de l’humanité» s’inspire des vers de l’épopée babylonienne de Gilgamesh, décrivant les contrecoups du Déluge.

Tout en présentant une méditation sur l’enfer, Quatre chants pour franchir le seuil reflète l’ambition plus vaste de Grisey d’insuffler un élan vital à la musique; dans cette pièce et dans les pièces antérieures, il explore les rythmes naturels de tension et de pulsion calqués sur le souffle humain; ainsi que le battement assourdi du cœur. Grisey a dit au sujet du dernier mouvement «Berceuse», «il n’a pas été composé pour endormir, mais il vise plutôt l’éveil devant l’anéantissement de l’humanité enfin libérée de son cauchemar».

Exécution