6 voix mixtes

«Le temps est aboli. On écoute à l’intérieur du son, à l’intérieur du spectre harmonique, à l’intérieur du vocal. À l’intérieur. Ondulations les plus subtiles — à peine écla-tantes — tous les sens sont éveillés et calmes. Dans la beauté du sensuel brille la beauté de l’éternel.»

Voilà comment Stockhausen décrit Stimmung (terme ambigu qui signifie à la fois «à l’état pur», «se mettre en voix» et «état d’âme»), cette œuvre vocale construite à partir de noms magiques de langues mystérieuse, et qui est sans contredit marquée de cette spiritualité si particulière au compositeur.

«Chaque chanteur dispose de 8 ou 9 modèles et de 11 noms magiques (trouvés avec la colla-boration de l’anthropologue Nancy Wyle — n.d.l.r.), qu’il peut, d’après un «schéma de forme» et selon le contexte, introduire librement dans le jeu. Les autres peuvent réagir à ces modèles et mots magiques avec des «transformations», «digressions variés», «oscillations», «unisson». Rien n’est dirigé. Dans une combinaison donnée de voix c’est le chanteur du modèle qui guide; dès qu’il sent le moment venu il transmet sa fonction à un autre chanteur. Un nom magique, dès qu’il a été «appelé» par un chanteur, doit être répété périodiquement au même tempo et avec une articulation proche de celle du modèle, jusqu’à un nouvel «unisson». Ainsi il est intégré dans le modèle sonore déterminant en cours. Les positions des lèvres et de la bouche du chanteur du modèle sont à conserver autant que possible, ce qui a pour résultat que le nom devient plus ou moins déformé. La réaction à un nom magique fait clairement ressentir un changement d’ambiance (Stimmung), suscité par le caractère et la signification du nom.

Les chanteurs ont travaillé de nombreux mois pour acquérir une toute nouvelle technique vocale: les sons de référence doivent être chantés très piano, tandis que certaines harmoniques (…) doivent être chantées de façon dominante, sans vibrer, résonnant seulement dans le sinus frontal et autres cavités de la tête. La respiration doit être longue, calme et équilibrée. […]

La première audition eut lieu le 9 et le 10 décembre 1968 à Paris […]. Les journaux ont décrit ce concert comme un «feu de camp hippy», probablement à cause des chemises colorées, des jupes brodées et des pieds nus des chanteurs et chanteuses qui, pendant 75 minutes, restaient en cercle à même le sol, presque immobiles en position de lotus, absorbés. Une tache de lumière au centre, chacun un microphone à la main, autour d’eux les six haut-parleurs en forme de boule, avec leurs membranes dirigées vers le plafond.»

Karlheinz Stockhausen

L’œuvre est une commande de la ville de Cologne, pour le Collegium Vocale, et est dédiée à Mary Bauermeister.

Exécutions

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies qui permettent l’analyse d’audience.