orchestre (85 musiciens)

On pourrait croire que la Sixième Symphonie annonce les trois événements tragiques qui marquèrent le destin personnel du compositeur un an seulement après la création de l’ouvrage, le 27 mai 1906 à Essen (Allemagne). En 1907, Maria, sa fille aînée, mourut de diphtérie, il fut relevé de ses fonctions en tant que directeur de l’Opéra de Vienne et les médecins diagnostiquèrent chez lui des problèmes cardiaques alarmants. Chacune de ces trois tragédies seraient représentées dans le finale de la Sixième par un coup de marteau (Hammerschlag). Saisi de sentiments superstitieux, Mahler décidera cependant de supprimer le troisième coup de marteau lors de la préparation de la deuxième édition de l’ouvrage.

La Symphonie s’ouvre sur un rythme de marche lourdement scandé (l’humain avançant vers son destin?), servant de bref prélude à l’énoncé du premier thème. Le deuxième thème principal, lyrique et passionné, surgit (comme le premier, aux violons) en fa majeur. Un rappel de la figure de marche initiale, toujours aussi pesante, marque le début du développement, au cours duquel s’insérera un épisode imprégné d’un calme étrange, comme détaché du monde. Le son lointain des cloches de vache et du célesta évoquent, selon Mahler, «les derniers échos sonores que perçoit celui qui se dirige vers la solitude des plus hauts sommets de la montagne». Le retour du rythme initial de marche ramène l’auditeur en terrain familier alors la coda vient mener le mouvement à sa conclusion triomphale en la majeur.

Par ses visions cauchemardesques et son atmosphère âpre, que soulignent de troublantes irrégularités métriques, le deuxième mouvement prend les traits d’une véritable «étude du macabre». L’Andante introduit un moment de tranquillité entre l’atmosphère tourmentée qui marquait le mouvement précédent et qui se réinstallera dans le finale. Marqué de part en part par un caractère résolument lyrique (des mélodies s’épanouissent comme si elles fuyaient la cruauté du monde), ce mouvement use souvent d’une orchestration chambriste. Le finale est l’un des mouvements les plus vastes que Mahler ait jamais écrits, et ce, tant par sa longueur (une demi-heure environ) que par l’ampleur des développements thématiques et de la gamme d’émotions qu’il explore. Une introduction étrange et sinistre, incluant sa propre marche funèbre, prépare aux gigantesques conflits qui alimenteront le mouvement. Visions fantomatiques, marches stridentes, percées frénétiques, poursuites déchaînées, essors et effondrements vertigineux se juxtaposent à des épisodes de calme inouï ou de lyrisme ardent dans un univers de dimension cosmique. Ici s’affirme la conception mahlérienne selon laquelle «une symphonie se doit d’être à l’image du monde, elle doit tout englober».

Exécution

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