vibraphone et piano

Quand Gérard Grisey nous a quittés, j’avais commencé à écrire la pièce pour piano et vibraphone commandée par le Shizuoka Hall (Japon). Le ton en était enjoué. L’immense tristesse dans laquelle je me trouvai brusquement me fit abandonner le projet initial dont il ne reste que l’effectif instrumental. Comment rendre hommage à Gérard sinon en essayant d’écrire ma propre musique: il n’y aurait donc pas de citations ni d’influences repérables. Pourtant, la violence du solo de piano de Vortex Temporum de Grisey en fut le point de départ. Ainsi, je refusai de lire la partition tout en me servant de la force du solo comme d’une métaphore possible.

Je n’avais jamais été confronté à ce type de travail. La pièce prit rapidement l’allure d’un rituel et le vibraphoniste se vit attribuer de nombreux instruments supplémentaires comme les cloches de vache, les gongs thaïlandais, les crotales, le tambour de bois… autant de moyens pour «perturber» le piano sans le désaccorder comme l’avait fait Grisey.

Pour la première fois, ma musique ne sera pas objective, ainsi que la qualifiait Gérard. J’ai eu beaucoup de mal à en calculer le matériau et mon abandon par instant à l’intuition la plus complète n’aurait peut-être pas plu à son dédicataire. Pourtant, c’est bien l’esprit de Gérard qui règne dans cette pièce, je n’aurais pu l’écrire sans lui.

«Au fond, nous avons beau faire, nous sommes tous des êtres collectifs; ce que nous pouvons appeler notre propriété au sens strict, comme c’est peu de chose! et par cela seul, comme nous sommes peu de chose! Tous, nous recevons et nous apprenons, aussi bien de ceux qui étaient avant nous que de ceux qui sont avec nous…» (Goethe. 17 février 1832).

Philippe Hurel

Exécutions

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