trombone et orchestre

Commande: Association musique nouvelle en liberté, Académie Ravel (Saint-Jean de Luz, France)

«Car Watt se trouvait maintenant entouré de choses qui, si elles consentaient à être nommées, ne le faisaient pour ainsi dire qu’à leurs corps défendant. Et l’état où Watt se trouvait résistait à toute formulation comme nul état ne l’avait jamais fait, de tous ceux où Watt s’était jamais trouvé, et Watt s’était trouvé dans un grand nombre d’états, dans sa vie» (Samuel Beckett, Watt)

Composé en 1994, Watt a été créée le 1er juin 1995 à Las Vegas par Alain Trudel et l’Orchestre symphonique du Nevada sous la direction de Virko Baley et primée lors de la 45e session de la Tribune internationale des compositeurs tenue à la Maison de l’UNESCO en juin 1998. Bastien Gallet décrit Watt, où Dusapin s’inspire du roman éponyme de Samuel Beckett.

«Tout commence par un inventaire. Chacun dresse la liste détaillée de ses possessions, comme s’il était sur le point de franchir la ligne que trace l’ombre des entreprises définitives. […] Le trombone est seul, ses gémissements résonnent sur les parois tapissées de la chambre obscure. D’un étage inférieur, des échos lui parviennent, déformés, comme si l’on rejouait en masse ses bégaiements réitérés. […]

Le trombone communique avec l’orchestre de l’intérieur car il n’a, comme la monade leibnizienne, ni portes ni fenêtres. C’est du fond obscur des tanières qu’ils tissent leurs traits et leurs rôles et que, par quelque mystérieux souterrain, ils fondent leurs assauts vers la lumière. Pascal Dusapin dresse sur ses tritons un personnage musical. Seulement, il est un peu étourdi, ses contours manquent de netteté, il lui arrive même de vagir. Le trombone de Watt est une monade qui attend que Dieu la porte à l’existence, un acteur cherchant son rôle, un personnage en quête d’une mémoire qu’il doit inventer comme il fut inventé pour les besoins d’une pièce éponyme.

L’avenir du soliste est son propre passé, ou celui d’un autre, qu’il fait jaillir d’un lieu où tous indifféremment se mêlent. Ce qui l’attend ne fait pas partie de ses possessions (il faut pour que ça arrive la voix d’Alain Trudel, au-dessus? en deçà? de l’instrument et la flûte piccolo qu’il double). Ce qui l’attend au détour [un peu avant le milieu de la pièce] vient de plus loin que son fond obscur, n’est pas de lui mais vient à lui […] Une ritournelle. Le trombone devient enfant, un oubli et un recommencement, un mouvement premier, un jeu. Watt est la musique même.»

Exécution

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