2 pianos

Cette composition d’avant-garde et d’une grande complexité est unique dans l’œuvre de Claude Vivier: elle est très rarement jouée et ne l’a encore jamais été au Canada. Composée à l’origine pour 2 pianos, la texture musicale de Désintégration est constituée presque exclusivement d’un large éventail de grappes d’accords (clusters) inscrits dans une trame rythmique très élaborée. Comme l’annonce son titre, cette trame se désintègre ensuite au fur et à mesure du développement de l’œuvre: les clusters deviennent d’abord de simples accords, puis des octaves d’où il ne reste plus finalement que des sons isolés jusqu’au RE ultime.

Ce qui revêt une importance capitale au début de cette œuvre, ce sont les intervalles de silence entre les fragments musicaux parce qu’ils préparent progressivement l’auditeur à l’intensité qui vient. Ces fragments musicaux de la première partie sont comme des cellules-mères harmoniques et rythmiques facilement reconnaissables et qui se développeront et se transformeront tout au long de la pièce jusqu’à l’étape finale de la désintégration: ils sont toujours nuancés avec de très grands contrastes dynamiques, s’étendant du triple piano (ppp) au triple fortissimo (fff) et procèdent de gigantesques bonds qui enjambent toute l’étendu du registre des 88 touches du piano.

Dans Désintégration de Vivier, les deux pianos interagissent dans un processus particulier et inédit: au lieu de jouer ensemble du début à la fin, les pianistes exécutent les fragments musicaux à tour de rôle, se répondant comme dans une conversation. Ces interactions évoluent au cours de l’œuvre: tout d’abord, les pianistes exécutent au milieu des longs silences de brefs morceaux qui prennent peu à peu de l’ampleur et se transforment dans une alternance de solos plus complexes. Désintégration continue à se développer ainsi jusqu’à ce que les voix finissent par se superposer et s’imbriquer l’une dans l’autre. À partir de cet instant, le processus de désintégration débute et s’intensifie au fur et à mesure que les deux pianos deviennent interconnectés.

Vers la fin de la pièce, environ à la vingtième minute, Vivier demande à chaque pianiste de mettre en marche un petit magnétophone sur lequel est enregistrée une musique qu’il aime particulièrement jouer. Ces deux enregistrements doivent être démarrés à quelques minutes d’intervalle l’un de l’autre et durer jusqu’à la fin de l’œuvre, afin qu’on puisse les entendre à travers les derniers fragments isolés des pianos aussi bien que durant les sept mesures de silence qui concluent l’œuvre. Il s’agit là d’un concept imaginatif qui surprendra l’auditoire en attente et qui ajoute une dimension mystique à l’ensemble de l’œuvre.

Mikolaj Warszynski, MMus [traduction française: André Faivre, xi-07]

Exécution

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