Ce pandémonium remonte à la Suite de Frankenstein écrite en 1971 — une série de chansons et de danses composées pour le groupe viennois MOB art and tone ART Ensemble qui était actif à l’époque dans le domaine du théâtre instrumental. Bien que la Suite fut un succès, je n’étais pas satisfait de sa structure improvisée et je sentais le besoin d’y employer les ressources d’un orchestre complet. En 1976/77, j’ai donc complètement réécrit l’œuvre qui fut interprétée pour la première fois le 25 novembre 1978 par le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra sous la direction de Simon Rattle avec moi-même comme soliste. J’ai ensuite écrit une version alternative pour soliste et 12 musiciens pour le Festival de Berlin de 1979 qui a été créé la même année par l’ensemble viennois die reihe sous la direction de Kurt Schwertsik, toujours avec ma participation. Depuis ce moment, ces deux versions coexistent joyeusement. C’est en 1983 que Frankenstein!! a été présenté à l’Espace Cardin à Paris sous forme théâtrale pour la première fois — un développement imprévu qui convient parfaitement aux poèmes fantastiques multidimensionnels d’Artmann.

Les vers de Frankenstein!! sont tirés du recueil Allerleirausch, neue schöne kinderreime (Bruits, bruits qui m’entourent, charmantes nouvelles comptines), mais, bien que le titre ait quelque chose d’inoffensif, Artmann décrit lui-même les poèmes comme étant, entre autres choses, des «commentaires politiques déguisés». Bien qu’il ait toujours refusé de s’expliquer à ce sujet, son mutisme est éloquent: les monstres de la scène politique ont toujours cherché à cacher leur vrai visage, et y parviennent beaucoup trop souvent. L’une des figures suspectes du pandémonium est ce scientifique infortuné qui apparaît de manière si surprenante au milieu de l’œuvre. Frankenstein — ou qui que ce soit qu’on puisse associer à ce personnage — n’est pas le personnage principal, mais l’ombre en arrière-scène qu’on oublie à nos risques et périls. D’où les points d’exclamation.

Il existe un parallèle entre la démystification des héros méchants par Artmann et mes choix musicaux, tels que l’aliénation constante des sons orchestraux conventionnels par l’intégration d’instruments jouets. Peu importe l’aspect pittoresque ou amusant des jouets, leur rôle premier est musical plutôt que ludique — ils ont eux-même une fonction motivique et harmonique. Certains exercices supplémentaires d’analyse structurelle permettent de mieux comprendre le vrai sens du texte. Par analogie avec les écrits d’Artmann, mon objectif était d’explorer une vaste palette d’idées en combinant des idiomes musicaux traditionnels avec des formules nouvelles et plus populaires, et ainsi de rester fidèle à la simplicité trompeuse des textes à première vue naïfs et empreints d’une atmosphère innocemment joyeuse.

HK Gruber [traduction française: Claire Cavanagh]

Exécutions

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