baryton (crotales) et piano

Création: 22 février 2013, Montréal / Nouvelles Musiques 2013: Rosarium, Chapelle historique du Bon-Pasteur, Montréal (Québec)

Parmi les notions souvent énigmatiques élaborées par Jacques Lacan au fil de son séminaire, on retrouve «le grand autre» et «l’objet petit a». «Le grand autre» correspond à une altérité radicale, inscrite dans un réseau symbolique, extérieure au sujet et qui pourtant agit en lui, bien souvent à son insu (un dogme religieux, par exemple, ou un régime totalitaire). «Le grand autre» est lié à l’autorité et à notre finitude. Ainsi, d’aucuns considèrent la mort comme étant l’ultime «grand autre». «L’objet petit a», quant à lui, est l’objet-cause du désir. le sentiment d’incomplétude, de manque, est une béance au creux de laquelle l’objet petit a tire sa pulsion vers un «plus-de-jouir». Psychanalyste, Lacan était avide de paroles surgissant de la pulsion pure, sans filtre rationnel. Ainsi, détournant Descartes, il mit au point cette maxime: «là où ça pense, je ne suis pas». C’est pourquoi il aimait tant la parole des mystiques, en particulier celle de Thérèse d’Avila. Dans ses poésies, elle s’adresse parfois directement à la mort, qui semble correspondre bien davantage pour elle à la fonction «d’objet petit a» qu’à celle de «grand autre». elle appelle la mort (presque familièrement), et la désire comme médiation vers un ailleurs plus vaste, plus libre. Lacan et Thérèse d’Avila sont pour moi des personnages fascinants à mettre mutuellement en perspective, surtout lorsque la scène de cette rencontre est la voix de Vincent Ranallo, dont le registre de baryton et le remarquable falsetto sont en soi une dualité organique. C’est dans cet esprit de paradoxes et d’énigmes métaphysiques que j’ai conçu le texte et composé la musique de cette pièce, méditative et concise.

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Exécution

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