J’ai depuis le début, composé autant de pièces instrumentales ou orchestrales qu’électroacoustiques ou acousmatiques. Je ne parlerais ici que des œuvres électroacoustiques ou, plus généralement utilisant la technologie. D’abord inconsciemment et de plus en plus consciemment, je me suis rendu compte que je travaillais dans le domaine autobiographique. C’est vers 1962, alors que je travaillais au projet d’une pièce électroacoustique: Hétérozygote, que cela est arrivé: le simple geste de sortir du studio pour chercher des sons à l’extérieur était significatif. Je sortais donc avec un matériel portable, c’est-à-dire mes micros et mon magnétophone. C’était mon matériel et c’était moi. J’étais là dans une situation originale de présence et de reconnaissance instrumentale qui faisait de moi, sans que je m’en rende compte, un artisan de l’autobiographie. J’étais présent, je tenais mon micro, j’ouvrais l’enregistrement de mon magnétophone quand je le jugeais bon, je cueillais le son qui passait au moment où je le choisissais. Ce son était mon choix, mon moment de vie qui s’enregistrait sur mon matériel. Autrement dit, ce geste était compositionnel dans la reconnaissance du son, même indécis, reconnaissant l’objet trouvé comme premier état d’une attitude émotionnelle, qui entraînait inéluctablement l’introduction du compositeur présent comme acteur en temps réel, donc comme autobiographe.

Luc Ferrari — Extrait de l’Exploitation du concept d’autobiographie

Exécution