quatuor à cordes et traitement

Cette pièce musicale est un quatuor composé de rythmes électroniques émis en temps réel. Les sons des musiciens sont diffusés dans l’espace avec des rythmes thématiques de telle sorte que la spatialisation est intégrée dans la structure de l’œuvre, qui fait partie du processus de création musicale. Utilisant le programme du logiciel SPAT de l’IRCAM (Institut de recherche et coordination acoustique/musique), avec l’aide de Gilbert Nouno, il est ainsi possible de localiser les sons à n’importe quelle distance, sur n’importe quel objet. Ce dernier peut être déplacé, prendre vie à travers une présence vivante donnant ainsi au son une forme de vie qui reste toutefois invisible à l’œil nu. Quand ce mouvement devient régulier, tel que la répétition de pas de danse par exemple, la «vie» prend part à travers un personnage, une personnalité (qui reste toujours invisible). Cette musique devient ainsi une métaphore de nuances de modes à travers le voyage astral en passant par le rêve, à «l’imagination verticale» de Gaston Bachelard, aux fantaisies de l’œuvre de Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra,à la visualisation de mouvements de méditation bouddhiste, etc. Le quatuor est le rêveur, la spatialisation le rêve… Toutes sortes de métamorphoses psychiques sont dévoilées par le son des instruments à cordes. Le son semble pénétrer dans des espaces comme le centre de la Terre — transposition de sons de basse profonde — ou dans des lieux vides. C’est ainsi qu’est créée la relation imaginée du musicien au traitement de la musique électronique. Solennellement, le quatuor est divisé en «cycles», comme si plusieurs vies étaient dépeintes, chacune mourant et ressuscitant avec des restes des précédentes. Répétition, transformation; architecture et récit; construction, dissolution: voilà les caractéristiques de ces musiques autonomes et ce qu’il en résulte à l’extérieur d’elles mêmes.

Jonathan Harvey [traduction française: Valentine Maire]

Exécution