2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 vibraphones, percussions, 2 échantillonneurs, 2 pianos, 2 violons, alto, violoncelle, contrebasse et vidéo

L’idée qu’on puisse utiliser n’importe quel son dans un morceau de musique a été dans l’air au XXe siècle. De l’utilisation des klaxons de taxi dans An American in Paris de Gershwin, jusqu’aux sirènes de Varèse, à l’hélice d’avion d’Antheil, à la radio de Cage et à l’emploi de tout cela et davantage encore dans le «rock and roll» depuis au moins les années 70, et plus récemment dans la musique rap, le désir d’inclure dans la musique des bruits de tous les jours n’a fait que s’accroître. L’échantillonneur en fait maintenant une réalité pratique. Dans City Life, non seulement des échantillons de paroles, mais aussi de klaxons d’automobiles, de claquements de porte, de freins pneumatiques, de sonneries de métro, de batteuses de pieux, d’antivol d’automobiles, de battements de cœur, d’avertisseurs de bateau, de bouées sonores et de sirènes de pompiers et de police font partie de la structure du morceau. Par opposition à mes œuvres, plus anciennes Different Trains (1988) et The Cave (1993), les sons préenregistrés sont joués ici en direct durant le concert sur deux échantillonneurs. Aucune bande n’est utilisée durant l’exécution du morceau. Ceci redonne la petite flexibilité de rythme habituelle qui caractérise les concerts en direct. Cela élargit également l’idée de piano préparé puisque les échantillonneurs sont «chargés» de sons, dont un grand nombre enregistrés par moi-même à New York. Ces divers sons non musicaux inspirent aussi certaines réponses instrumentales, comme les bois pour les klaxons d’automobiles, les grosses caisses pour les claquements de porte, les cymbales pour les freins pneumatiques, les clarinettes pour les avertisseurs de bateau et plusieurs doublements d’instruments différents pour les mélodies imitant la parole.

City Life est écrit pour deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux pianos, deux échantillonneurs, trois (ou quatre) instruments à percussion, un quatuor à cordes et une contrebasse. Comme plusieurs œuvres antérieures, il s’agit d’une forme en arc A-B-C-B-A. Les premier et dernier mouvements utilisent des échantillons de paroles dans la structure musicale et tous deux donnent l’impression de mouvements «rapide», alors que le rythme du premier est en réalité modéré et que celui assez vif du dernier est plus difficile à discerner en raison des nombreux sons tenus. Les harmonies menant à mi bémol ou do mineur dans le chœur qui ouvre et ferme le premier mouvement réapparaissent dans le cinquième d’une façon plus dissonante et finalement se résolvent en do mineur pour se terminer ensuite avec ambiguïté comme une dominante de do ou comme un accord en do mineur. Dans les second et quatrième mouvements, il n’y a aucune parole. À la place, chacun d’eux utilise un échantillon rythmique qui détermine le tempo. Dans le second, c’est une batteuse de pieux, dans le quatrième des battements de cœur. Tous deux commencent lentement et prennent de la vitesse. Dans le second, ceci ne se produit que parce que la batteuse de pieux passe des noires aux croches, puis aux triolets. Dans le quatrième mouvement, les battements de cœur deviennent de plus en plus rapides dans chacune des quatre parties du mouvement. Du point de vue harmonique, ces deux mouvements reposent sur le même cycle de quatre accords de dominante. Le troisième mouvement central commence avec seulement des échantillons de paroles joués par deux joueurs d’échantillonneur. Quand ce duo est entièrement développé, le reste des cordes, instruments à vent et percussion intervient pour doubler les tons et les rythmes des échantillons de paroles entrecroisés. Ce mouvement central peut très bien rappeler à l’auditeur mes premiers morceaux sur bande It’s Gonna Rain (1965) et Come Out (1966). City Life est une commande qui m’a été passée à la fois par l’Ensemble Modern, la London Sinfonietta et l’Ensemble InterContemporain.

Steve Reich

Exécution