orchestre de chambre (15 musiciens)

Une singularité dénomme, dans le monde des mathématiques, le point d’où éclate une équation ou une surface, etc. Par conséquent, il devient «dégénéré», un terme technique signifiant un cas restrictif au moyen duquel un objet se transforme en quelque chose de plus simple, pourtant plus complexe. À la manière d’un point qui représente l’instance dégénérative d’un cercle dont le rayon se rapproche de zéro (0), on peut imaginer le cercle en tant que forme dégénérative d’une ellipse dont l’excentricité avance vers zéro. En astrophysique, les trous noirs aboutissent à des singularités.

Une vision révolutionnaire issue du monde de l’informatique d’aujourd’hui affirme qu’une singularité technologique arrivera à un point précis (dans un avenir, dit-on, très rapproché: l’an 2030) où le rythme du changement technologique sera si accéléré, son impact si profond, que la vie humaine — le temps humain — sera transformée irréversiblement. Une conjecture voudra que les ordinateurs soient capables de se vérifier et de se reprogrammer. L’enjeu pour la culture et pour la technologie elle-même sera paradoxalement inestimable et au-delà de notre compréhension. La fin du Temps? Peut-être. Néanmoins, cette vision annonce le début d’une nouvelle eschatologie.

Chronométreur fabuleux, György Ligeti (1923-2006) se distingua par l’attention qu’il portait, dans sa musique, au domaine du temps. Au long de sa carrière, ce compositeur singulier fut engagé dans une mise en pluralité sonore à caractère unique (si vous me permettez cette antithèse) des concepts de la durée mécanique, de la durée raisonnée, du temps espacé, du temps strié, du temps lisse, du temps empirique et ainsi de suite.

Commande du Nouvel Ensemble Moderne dédiée à sa directrice artistique, Lorraine Vaillancourt, Singulari — T rend hommage à György Ligeti, géomètre expert du terrain et du temps sonores.

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