soprano, flûtes, violon, clarinettes, percussions, violoncelle et support

Commande: NEM, avec l’aide du CALQ

Ce sont des villes imaginaires à haute teneur métaphorique que décrit Marco Polo à Gengis Khan dans ce livre d’Italo Calvino, d’où nous avons tiré dix «villes invisibles» — Despina, Sméraldine, Octavie, Olinde, Clarisse, Chloé, Eutropie, Raïssa, Zénobie et Bérénice — devenant les dix courts mouvements de l’œuvre, inspirés par les caractéristiques de ces villes souvent utopiques, qui sont décrites de façon fantaisiste dans le texte par Marco Polo à Gengis Khan. Au fil de ce voyage, certaines villes se ressemblent et même semblent se refléter, ce qui amènera d’ailleurs Marco Polo à dire à Gengis Khan: «En voyageant on s’aperçoit que les différences se perdent: chaque ville en arrive à ressembler à toutes les villes, les lieux les plus divers échangent forme, ordre, distances…»

Nous avons donc à chaque étape de la conception de l’œuvre, partagé nos mondes sonores et avons soumis notre matériau aux transformations que lui suggérait le contact avec l’univers sonore de l’autre compositeur et ses techniques; cet échange d’esquisses instrumentales et électroacoustiques a généré un discours musical où les deux médiums sont reliés de façon inséparable et fusionnée. La partie instrumentale, volontairement dépouillée et souvent réduite à de simples lignes et motifs traités souvent de manière monodique ou hétérophonique, est en constante interaction avec le «grain» amené par la partie électroacoustique.

Notre souhait était d’évoquer un voyage sonore intense et coloré, dans un langage musical hybride et d’une certaine façon, rassembleur, afin de faire un éloge du métissage des langages et des cultures. Nous avons voulu rendre hommage à travers cette œuvre à Claude Vivier, que nous n’avons pas connu, mais dont la musique nous a grandement marqués et dont la fascination pour «l’ailleurs» et pour le personnage de Marco Polo nous ont amenés a dédier cette œuvre à sa mémoire, à l’occasion du vingtième anniversaire de sa disparition prématurée.

13 ans après la création de cette œuvre, à la lumière (et à l’ombre) de tout ce qui s’est passé depuis dans dans notre village soi-disant global, il nous semble que ces descriptions de villes fictives que fait Marco Polo à Gengis Khan dans ce livre d’Italo Calvino contiennent un élément de réflexion plus essentiel que jamais; la question de la transformation et de la continuité, et de la différence, et du ressemblant. Et du seul point possible de convergence, voire de salut: l’humanité, présente dans le cœur des hommes, et de toutes les cultures.

Simon Bertrand et Jacques Tremblay

Exécution

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