soprano et ensemble de chambre amplifié

Création: 23 février 2019, Montréal / Nouvelles Musiques 2019: mouvance, Studio-théâtre Alfred-Laliberté — UQAM, Montréal (Québec)

mouvance…
toujours plus loin dites-vous… jusqu’au bout du monde… et le bout du monde est bleu…

Ces mots, du poète Acadien Gérald Leblanc, sont à l’origine de l’aventure multimédia que vous vous apprêtez à vivre avec nous ce soir. Ils expriment des sentiments que Suzie et moi portons en nous depuis longtemps et ont engendré une collaboration artistique d’une grande intensité.

Suzie est une acadienne de Moncton vivant maintenant à Montréal, et je suis un québécois vivant à Halifax depuis près de quinze ans. Bien que nos migrations respectives se soient faites à l’intérieur d’un même pays, elles nous ont néanmoins donné une impression de déracinement, le Canada étant un territoire tellement vaste, et tellement varié sur le plan linguistique et culturel. Chacun de nous a eu l’occasion de réfléchir longuement à cette question, chacun de son côté, selon sa propre expérience.

Pour moi, cette réflexion s’est faite, entre autres, par l’écriture en 2009 d’une pièce pour voix et clarinette basse, basée sur le poème mouvance de Gérald Leblanc. Selon moi, ce long texte porte en lui l’essence du drame acadien, qui en est un de déracinement et de migrations, mais sans jamais y faire référence de façon directe, sans souffrance ni regret. J’ai tout de suite été séduit par la force de ces mots qui font voyager dans l’espace et le temps, par les images qu’ils évoquent, par leur modernisme.

Pour Suzie, c’est avec l’enregistrement Tout Passe (ATMA 2008) qu’elle explore par des chants acadiens les mouvances (déracinements) de ses ancêtres, que ce soit celui du Grand Dérangement (1755) ou l’éloignement pour trouver du travail ou de la terre à défricher. C’est plus facile de parler d’une chose lorsqu’on en a fait l’expérience, et Suzie a parcouru des centaines de kilomètres à pied en quête de chansons. Sur son chemin, elle a rencontré des femmes qui lui ont appris des chansons du terroir, ainsi que l’historien et chercheur Georges Arseneault de l’Île-du-Prince-Édouard. En 2006, elle a pris ce patrimoine avec elle sur le chemin de Compostelle et choisi le répertoire de Tout Passe au gré de ses pas. “Mon métier de chanteuse professionnelle me rapproche d’une existence plutôt nomade et cette exploration symbolique et universelle des mouvances des peuples me parle très personnellement. Le climat sociologique, politique, économique et artistique a toujours été nourri de migrations mais aujourd’hui nous voyons une accélération de ces mouvances libres ou imposées. De plus, nous vivons parallèlement une mouvance physique et sociétaire qui nous éloigne tranquillement de notre être et de notre environnement naturel.”

À l’automne 2015, Suzie a interprété ma mise en musique du poème mouvance en concert à Halifax. À partir de ce moment, nous avons eu l’idée d’utiliser cette pièce comme point de départ pour l’élaboration d’un spectacle complet sur le thème universel de la mouvance, des migrations, du déracinement. Au texte de Gérald Leblanc, se sont alors greffés les mots de Sarah Marylou Brideau, Herménégilde Chiasson, France Daigle, Léonard Forest, Céleste Godin, Georgette LeBlanc, Gabriel Robichaud, Serge Patrice Thibodeau et Roméo Savoie.

Ensuite, notre projet s’est enrichi de nouvelles dimensions; d’abord avec le cinéaste Phil Comeau, qui nous a offert sa merveilleuse poésie des images, puis avec le metteur en scène François Racine, qui a projeté notre vision dans l’espace et le temps, et avec l’artiste Karen Trask, qui utilise des techniques d’ici et d’ailleurs pour transformer les mots en objets… Finalement, se sont joint à nous les musiciens Norman Adams, D’Arcy Gray, Jeff Torbert et Eileen Walsh, le VJ Jonah Haché, l’éclairagiste Vicky Williams, et un merveilleux groupe d’étudiants de la Fountain School of Performing Arts.

Ce soir, nous vous invitons à voyager avec nous, jusqu’au bout du monde….

Jérôme Blais [i-19]

Exécution