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Création: 10 octobre 2021, Triptyque — Mécénat Musica Prix 3 Femmes, Montréal (Québec)

Synopsis

Isla, une pirate informatique qui a divulgué des informations compromettantes sur son gouvernement a passé les cinq dernières années séquestrée dans une ambassade où l’asile politique lui a été accordé. Un seul pas dehors et elle sera arrêtée pour trahison. Lorsqu’un perroquet parlant en fuite atterrit sur le rebord de sa fenêtre — Madame Suzuki, la célèbre mascotte d’un groupe de militants environnementaux — Isla la piège, la rebaptise Amnistie et l’enrôle dans sa propre cause. Elle entraîne Amnistie à chanter un refrain plaidant l’amnistie pour Isla. L’oiseau bâcle le refrain face à un paparazzi qui interprète ce méli-mélo énigmatique comme un avertissement d’Isla: elle connaît un autre secret gouvernemental et le public court un grave danger. La nuit, tandis qu’Isla dort, Amnistie répète des bribes de conversation et de sons glanés dans son passé: l’ardent incendie de forêt dont il a été sauvé par le groupe de militants environnementaux, l’instructrice qui lui a appris des faits sur la forêt, la décision du groupe de le maintenir en cage, clamant que l’oiseau ne survivrait pas à l’état sauvage. Le matin suivant, Isla se réveille avec l’importante couverture médiatique d’elle et le perroquet, mais sans référence à une quelconque amnistie. Isla panique. Le perroquet lui demande d’ouvrir la fenêtre, située à plusieurs étages en hauteur, et s’envole. Isla saute.

Note de programme

Maria Reva, la librettiste, m’a lancé un défi unique avec cet opéra. Les mots chantés sont vraiment rares. Le perroquet est construit avec des fragments de texte imité et des séries de sons vaguement décrits permettant d’établir le passé et la personnalité de quelqu’un ne pouvant décrire son passé, exprimer directement ses émotions ni participer à un dialogue classique. Créer un langage musical pour ce rôle a été véritablement un effort collectif impliquant Maria, les chanteuses qui l’ont travaillé en atelier (Rachel Krehm, Bridget Esler et Jessica Toupin) et moi-même. Alors que le rôle humain s’approche plus d’un personnage opératique traditionnel, le texte demeure parcimonieux et ouvert à des paramètres radicalement différents. D’abord considérant cette pirate informatique pâlissante d’un point de vue purement grotesque, j’ai progressivement ressenti la subtile profondeur de sa recherche d’attention et son apparent narcissisme. La vie durant la pandémie m’a permis de me connecter au personnage à un niveau plus personnel invitant à une lecture plus nuancée du texte. Les chanteuses qui ont développé ce rôle (Kristin Hoff et Mollie Lawler) ont même placé la musique à des endroits très différents de la palette allant du drame à la comédie. Élaborer cet opéra a été un processus à la fois éreintant et extrêmement amusant. Je n’aurais vraiment pas pu le faire sans l’investissement des artistes impliquées.

Anna Pidgorna [x-21]

Exécution