Mâ’lesh I — leurs étreintes bouleverseraient la mer (2017)

Symon Henry (Symon Henry, vidéo)

accordéon amplifié, violon amplifié et vidéo

Commande: SMCQ

Création: 23 mars 2018, Série Hommage José Evangelista: Par 5 chemins…, Studio-théâtre Alfred-Laliberté — UQAM (Montréal, Québec)

Pour Joseph Petric et Lynn Kuo

Faisons la paix des corps entravés. — Anne-Marie Alonzo

Cette pièce est une danse fougueuse, intense et sensible composée en hommage au tango d’Astor Piazzolla. Ses rythmes si typiques n’y sont pas, ses harmonies non plus: ils laissent plutôt leur place à un écho métamorphosé de cette musique. En effet, le tango trouve ses origines dans les bas-fonds de Buenos Aires, dans des imitations très approximatives et en métissages de danses autant latines, africaines, qu’européennes. Des pas maladroits entre hommes mélangeant fierté et orgueil, peine et nostalgie, séduction et désir. La présente pièce voudrait être chantée et dansée dans le même esprit.

Mâ’lesh I — leurs étreintes bouleverseraient la mer est aussi une danse «des corps entravés», à l’image de celui de l’auteure québéco-égyptienne Anne-Marie Alonzo, dont les mots ont donné vie à l’amour passionnel entre des personnages féminins sublimes et quasi mythologiques, teintés par un imaginaire nourri autant par Gerry Boulet que par Oum Kalthoum, tout comme le mien.

Mâlesh, finalement, est un égyptianisme emblématique de la culture de ce pays. Sa signification est un croisement entre «ce n’est pas grave!», «désolé!» et «c’est la vie!». Un mélange d’humour, de compassion et de fatalité qui résonne tout à fait avec l’esprit que j’ai voulu insuffler à cette pièce.

Quelques vers, finalement, complémentaires à cette pièce et écrits en parallèle:

mâ’lesh, eunuque que j’aime
louve et djinn
djinn et vieux clown
autrefois danseuses étoiles

leurs étreintes bouleverseraient la mer
leur sang de migrance
s’offrirait une tige de belladone aux plus sourdes blessures
leurs poitrines s’entredanceraient s’éreinteraient
entre louve soulevant djinn et
la chevelure douce frôlant le stucco rouge du clou au sol
debout, un respir grand comme

néanmoins quelques épines et la goutte de sang s’amenuisent du front de louve
le vieux clown ouvre sa chemise
et prie la profonde noirceur clairvoyante des carmélites
un rire-lueur en diadème
la vulve flamboyante

[iii-18]

Exécution