saxophone, piano préparé et percussions

Aux musiciens de rue, aux gens de la rue — et au chercheur en musique de rue Jack Body.

Le port. Des bateaux de tous les pays et de tous les temps y arrivent, et de là appareillent vers tous les pays et tous les temps; ici comme là, aucune vision du monde ne prévaut. Le port est rempli d’histoires dont le point d’ancrage est la communication entre différentes personnes à travers le temps et l’espace: des histoires d’amour, de dialogues — et de déni. Dans plusieurs rue de Hambourg, à proximité de sans-abris, se tiennent des musiciens avec des tambours, kalimbas, steel drums et saxophones. J’ai écouté chacun de leurs mots et chacun de leurs sons; j’ai écouté les enregistrements de Jack Body de musiciens de rue d’Indonésie, d’Inde et de Chine; j’ai écouté le joueur de kalimba du Dammtor à Hambourg et les steel drums de la rue Spitaler. Et j’ai alors perçu une unité humaine confuse et compromise. J’ai fait l’expérience de l’effrayante vérité, celle qui, par contre, n’effraie aucunement l’africain avec son kalimba: notre soi-disant «grand art» est complètement commercialisé, devenu une commodité quotidienne au même titre que l’automobile.

Où est passé ce désir initial duquel est née la musique? Dans la rue, les musiques sont com-plètement différentes: elles demandent désespérément à être entendues. J’ai alors pensé à la grande musique des Trouvères au Moyen-Âge: ils ont contribué à notre tradition musicale en mélangeant les styles du nord et du sud, un geste qui ne peut que traduire une grande ouverture d’esprit, dépourvue de toute peur de produire du «non-art». Qu’est-ce que l’Africain qui joue son kalimba fait de notre monde commercialisé? Sa musique résulte d’une grande cohésion, alors que l’homme est en communication parfaite avec la nature. Le musicien africain n’est pas un «individu» qui éblouit l’auditoire: la musique pour kalimba n’est-elle pas nommée par la culture Gbaya «chant pour la pensée»? C’est la musique de chambre par excellence: l’instrumentiste est son propre auditoire.

Manfred Stahnke [traduction française: N Pascal, ii-07]

Exécution