harpe et clavier

L’œuvre a été écrite en 1987-1989 pour harpe en scordatura, contenant des accords de tierces majeures naturelles justes (5/4) et des accords de septièmes naturelles justes (7/4). Le synthétiseur est accordé de la même manière que la harpe et permet ces intervalles justes (ascendants et descendants) à partir de n’importe quelle hauteur. Les nombres 5 et 7 correspondent aux partiels d’une fondamentale. La manière de penser en nombres entiers peut sembler très mathématique, mais est en réalité très liée à la manière dont nos oreilles fonctionnent. Apparemment, l’oreille tend à simplifier ce qu’elle entend: un intervalle dit «tempéré» sera arrondi à l’intervalle naturel le plus proche. Ainsi, une tierce «désaccordée» sera perçue comme une tierce «naturelle» comportant quelque composante de bruit.

Dans ma pièce Partch Harp, cependant, ce «bruit» est sciemment incorporé. Si la déviation de l’intervalle simple est trop grande — par exemple, 1/4 de ton — alors l’oreille ne pourra plus s’ajuster: l’intervalle sera interprété comme étant faux. C’est le cas notamment de mes octaves et quintes, qui ont les proportions très simples de 2/1 et 3/2. Imaginons trois tierces justes superposées do-mi-sol#-si#; la déviation totale de l’octave résultante (do-do) sera presque d’un quart de ton. De façon analogue, chaque seconde mineure de mon synthétiseur est tronquée de 3,5 centièmes. Si sept d’entre elles sont superposées afin d’obtenir une quinte, cette étrange «quinte» sera raccourcie de (7 x 3.5) 24,5 centièmes, soit un huitième de ton très audible.

L’étrange — ou charmante — caractéristique de Partch Harp réside en ceci que la harpe est accordée en octaves parfaites, et non pas le synthétiseur. J’ai ainsi pu obtenir un étrange vaisseau à la dérive dans un océan d’asymétries bien accordées.

Quant au titre: Harry Partch (1901-1973) a inventé une gamme de 43 tons, et pour arriver à la jouer, il a fabriqué sa propre collection d’instruments.

Manfred Stahnke [traduction française: N Pascal, ii-07]

Exécution