clarinette, piano, violon et violoncelle

Peu après le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, Messiaen est appelé au service militaire, à 31 ans, pour être capturé et fait prisonnier de guerre dès mai 1940 à Görlitz en Silésie. Ayant terminé ses études au Conservatoire de Paris environ neuf ans auparavant, Messiaen avait déjà composé 40 pièces, allant de la musique solo à l’excellente et prestigieuse pièce orchestrale L’Ascension, en passant par la musique de chambre. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait cherché à composer pendant sa captivité; cependant, le Quatuor pour la fin du temps, pièce qu’il a composée au cours de cette période, traduit son esprit et sa détermination remarquables face aux plus hostiles conditions. Parmi ses compagnons d’infortune, il fait la connaissance d’un clarinettiste, d’un violoncelliste et d’un violoniste. Se joignant au groupe comme pianiste, il se met à composer la pièce la plus ambitieuse qu’il a écrite jusqu’alors: une séquence de huit mouvements pour ce quatuor non traditionnel représentant les événements du Livre des révélations où l’Ange de l’Apocalypse «lève les mains au ciel en disant: Il n’y aura plus de temps».

Tout en reflétant la foi chrétienne de Messiaen, la pièce révèle les intérêts compositionnels qui allaient demeurer un point central pendant toute sa vie, notamment les structures isorythmiques, les modes anciens, la musique indienne et le chant des oiseaux. Toujours attentif au timbre, Messiaen n’a composé que quatre mouvements tutti sur les huit que compte la pièce. Les quatre autres se déploient selon différents agencements, notamment l’unique mouvement solo: «Abîme des oiseaux», pour clarinette seule.

C’est en 1941 que la pièce est interprétée pour la première avec Messiaen au piano. Les touches de l’instrument cabossé ne résonnent pas toujours et le violoncelliste joue sur un instrument qui n’a que trois cordes. Ce sont toutefois 5 000 prisonniers de guerre polonais, français et belges qui écoutent la pièce avec la plus grande attention, pendant une nuit glaciale de janvier. Beaucoup plus tard, le compositeur devait déclarer «On n’a jamais écouté ma musique avec autant de discernement et de compréhension».

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